Viktor Emil Frankl naît à Vienne le 26 mars 1905, dans une famille juive de l’Empire austro-hongrois. Il est le deuxième de trois enfants. Son père, Gabriel Frankl, vient de Moravie du Sud ; sa mère, Elsa, est originaire de Prague. Dès sa jeunesse, Frankl grandit dans une ville intellectuellement exceptionnelle : Vienne est alors l’un des grands foyers européens de la médecine, de la philosophie, de la psychanalyse et des débats politiques.
Très tôt, Frankl manifeste un intérêt pour la psychologie, la philosophie et la question du sens de la vie. À l’adolescence, il suit des cours pour adultes en parallèle de sa scolarité et commence à réfléchir à ce qui deviendra l’axe central de son œuvre : non pas seulement comprendre les symptômes psychiques, mais plutôt comprendre la place centrale du sens dans l'existence et son influence sur le psychisme.
À seize ans, Frankl entre en correspondance avec Sigmund Freud. Il lui adresse un texte que Freud fait publier quelques années plus tard dans une revue de psychanalyse. Ce détail biographique est important : Frankl ne naît pas contre la psychanalyse, il en reçoit d’abord l’influence même s'il est convaincu que la vie psychique ne peut être comprise uniquement à partir du plaisir, des pulsions ou des déterminismes inconscients.

Dans les années 1920, Frankl étudie la médecine à l’Université de Vienne. Il fréquente aussi le cercle d’Alfred Adler, fondateur de la psychologie individuelle. Alors qu' Alfred Adler développe les notions de volonté de puissance et théorise le sentiment d’infériorité et de supériorité dans l'enfance pour déterminer nos comportements sociaux, Frankl, lui, commence à ouvrir une troisième voie : l’être humain n’est pas d’abord mû par le plaisir ou par la volonté de puissance (recherche de pouvoir), mais par une volonté de sens. Cette intuition, encore en formation, donnera naissance à la logothérapie (ensemble des outils cliniques) et à l’analyse existentielle (corpus théorique).
Dès 1926, Frankl emploie le terme de logothérapie lors de conférences données en Allemagne. Le mot vient du grec logos, qui signifie à la fois la parole, le langage, la rationalité et le sens. La logothérapie désignera progressivement une approche psychothérapeutique centrée sur la recherche de sens comme motivation fondamentale de l’existence humaine.
Cette première période est décisive car elle montre que la pensée de Frankl ne naît pas uniquement dans les camps. L’expérience concentrationnaire donnera à son œuvre une intensité tragique et universelle, mais les fondements de sa pensée sont antérieurs à la Shoah. Frankl avait déjà commencé à élaborer sa critique du réductionnisme psychologique et son idée centrale : l’être humain ne peut être pleinement compris que si l’on reconnaît sa capacité à se tourner vers un sens, une tâche, une responsabilité, une personne ou une œuvre à accomplir.

